La présidence chypriote lance ses travaux parlementaires axés sur l'autonomie européenne

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Publizéiert le 12.01.2026 à 12h33 Update le 12.01.2026 à 15h06

Vingt-deux ans après son adhésion à l'Union européenne, Chypre assume pour la seconde fois la présidence tournante du Conseil de l'UE. Les 11 et 12 janvier 2026, Nicosie a accueilli la première réunion parlementaire rassemblant les présidents de la Conférence des Organes Spécialisés dans les Affaires de l'Union (COSAC).  Les débats se sont inscrits dans un contexte où la souveraineté et l’intégrité territoriale sont constamment menacées voire violées. Les dignitaires chypriotes n’ont pas manqué de rappeler que Chypre demeure le seul État membre de l'Union dont plus d'un tiers du territoire est sous occupation étrangère depuis 1974.

Le président de la délégation luxembourgeoise, Gusty Graas, y a représenté la Chambre des Députés.

Graas - COSAC - Nicosia - Intervention
Le député Gusty Graas lors de son intervention sur « Défis géopolitiques européens et moyens d’action »

Dépasser les réflexes nationalistes pour une Europe plus forte

La séance dédiée aux défis géopolitiques européens a réuni en tant que panélistes Yannis Maniatis, député européen grec, et Jean-François Rapin, président de la commission des Affaires européennes du Sénat français. Monsieur Maniatis a insisté sur la nécessité de sécuriser l'approvisionnement en matières premières critiques et les infrastructures numériques, tout en comblant le retard européen dans les technologies clés comme l'intelligence artificielle, dans le respect du cadre législatif de l'Union. Il a souligné qu'il était vital de passer d'une approche fragmentée à une véritable coopération pour relever les défis géopolitiques. Jean-François Rapin a quant à lui alerté sur le fait que la lutte contre les changements climatiques passe désormais au second plan tandis que la cohésion sociale est remise en cause. Appelant à « demeurer unis tout en faisant preuve de la souplesse institutionnelle requise », il a exhorté l'Union à assumer ses valeurs face à un monde qui s'en détourne, tout en réaffirmant la vocation intégratrice et non impérialiste de l'Europe.

Dans son intervention, Gusty Graas a rappelé que la situation internationale traverse une phase de profonds bouleversements géopolitiques, marquée par l'instabilité croissante et l'effacement progressif de l'ordre international fondé sur des règles. « Nous disposons pourtant de moyens d'actions considérables », a-t-il souligné, citant la diversification des partenaires commerciaux, le renforcement des relations avec des partenaires partageant les mêmes valeurs comme le Japon et le Canada, le développement d'une autonomie stratégique crédible en matière de défense et l'aboutissement de l'élargissement dans les Balkans occidentaux. « Nous avons le potentiel de jouer un rôle à la hauteur de notre poids économique et politique. Mais force est de constater que, trop souvent, nous ne l'exploitons pas pleinement. Nous nous laissons freiner par des réflexes nationalistes, au lieu de mobiliser nos véritables forces », a-t-il conclu.

Autonomie, ouverture et cohésion – les priorités chypriotes 

Lors de la séance consacrée aux priorités de la présidence chypriote, Marilena Raouna, Secrétaire d'État aux Affaires européennes, a présenté un programme articulé autour de trois axes stratégiques : une Union européenne autonome et résiliente, une Union tournée vers l'extérieur et une Union socialement forte et cohésive. Soulignant la position particulière de Chypre, elle a rappelé que l'autonomie et l'indépendance européennes doivent aujourd'hui se traduire en actions concrètes.

Le programme vise à renforcer l'autonomie européenne par une approche multidimensionnelle de la sécurité incluant le soutien à l'Ukraine, la protection des chaînes d'approvisionnement et la sécurisation des ressources critiques. Sur le plan économique, la présidence entend stimuler la compétitivité par la simplification réglementaire, la consolidation du marché intérieur et le renforcement de l'autonomie numérique. Positionnée comme un pont entre l'Europe et le Proche-Orient, Chypre souhaite promouvoir une politique commerciale durable et étendre le réseau d'accords commerciaux de l'Union, notamment avec les Émirats arabes unis et l'Inde. En matière de cohésion sociale, la lutte contre la pauvreté infantile et la protection des enfants face aux menaces numériques constituent des priorités majeures. La Secrétaire d'État a conclu en soulignant que ces ambitions nécessitent un cadre financier pluriannuel robuste et ambitieux.