Le chômage à la loupe et un échange sur le salaire social minimum

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Publié le 22.04.2026 à 19h24 Mis à jour le 22.04.2026 à 19h24

Il y avait 20 491 demandeurs d’emploi résidents disponibles inscrits à l’ADEM en mars 2026. Mais comment comprendre ce chiffre en détail, et comment la situation du marché du travail a-t-elle évolué ces dernières années ? 

Les données détaillées ont été abordées par les députés de la Commission du Travail dans le cadre d’une présentation de l’ADEM pour mieux comprendre les enjeux actuels. Parmi les constats, un impact potentiel de l’IA sur certains types d’emplois et un besoin accru de flexibilité de la part des demandeurs d’emploi

Lors de la même réunion de commission, les députés ont abordé avec le Ministre du Travail des questions liées aux adaptations à venir du salaire social minimum.

Isabelle Schlesser, directrice de l’Agence pour le développement de l'emploi (ADEM), a présenté la situation du marché du travail aux députés de la Commission du Travail lors de la réunion de ce mercredi 22 avril, en présence du Ministre du Travail Marc Spautz.

 

Certains secteurs baissent fortement, d’autres augmentent, comme l’a souligné Isabelle Schlesser, en s’appuyant sur un document de présentation diffusé pendant la retransmission de la réunion en streaming.

 

Une stabilisation du chômage, mais une croissance faible de l’emploi

 

Le chômage s’est stabilisé ces trois derniers mois : il se situe actuellement à 6,3 %. Le STATEC table sur 5,8 % courant 2026 et 5,6 en 2027Les postes vacants ont connu une hausse relativement élevée en mars, laissant espérer une reprise, même si celle-ci serait en partie liée au fait que deux grandes entreprises ont ouvert un grand nombre de postes.

 

Fin mars, environ 7 500 postes vacants étaient recensés, soit une hausse d’environ 10 % sur un an. Le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 8,4 % par rapport au même mois de l’année dernière, mais affiche une baisse de 547 personnes par rapport au mois précédent. Cette hausse concerne notamment les demandeurs d’emploi les plus qualifiés, avec une augmentation de 17,4 % sur un an.

 

Parmi les inscrits à l’ADEM, environ 8 000 personnes sont en situation de chômage de longue durée, c’est-à-dire inscrites depuis plus de 12 mois.

 

L’emploi continue globalement de croître, mais cette croissance a été en dessous de 1 % en 2025 et se situe à 1,4 % cette année, bien moins que la moyenne historique de 3 %. La croissance actuelle vient avant tout des secteurs médical, public et social. La croissance dans le secteur privé est quasi nulle.

 

Sur la période 2020 – 2025, le taux de croissance dans le secteur de la construction a reculé de 3,7 %. Cette baisse est cependant moins prononcée en 2025 qu’en 2024. Sur la période observée, le taux de croissance dans le secteur public a augmenté de 26,6 %, de 19,3 % dans l’enseignement et de 18,8 % dans la santé.

 

L’IA fragilise certains métiers, notamment en informatique et en comptabilité

 

Le Président de la Commission du Travail Charles Weiler a interrogé Isabelle Schlesser sur la question des langues en matière d’employabilité. Il s’agirait d’un des critères principaux, a affirmé la directrice, avec une situation très spécifique au Luxembourg, où les compétences linguistiques nécessaires varient même pour un même type d’emploi, comme dans l’artisanat, avec une prédominance de l’allemand dans la région de la Moselle et du français dans le sud du pays.

 

La discussion a également porté sur les personnes qui ne maîtrisent que l’anglais, et sur la prise en charge des Demandeurs de Protection Internationale (DPI) et des Bénéficiaires de Protection Internationale (BPI), et du rôle que jouent respectivement l’ADEM et L'Office national d'inclusion sociale (ONIS).

 

Parmi les points abordés lors de l’échange, celui de la situation du recrutement dans le secteur de l’informatique, qui est particulièrement problématique. Ainsi, dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, l’emploi est en baisse, avec une baisse de 2,4 % sur la période 2024-2025, un recul historique pour le Luxembourg depuis 2003. Il serait très difficile de trouver un emploi, notamment pour les développeurs juniors. 

 

Une députée a interrogé la directrice de l’ADEM sur l’impact de l’IA. Isabelle Schlesser a affirmé qu’en effet, les secteurs dans lesquels les tâches peuvent être effectuées à l’aide de l’intelligence artificielle semblent être particulièrement touchés. Ce serait le cas dans l’informatique, mais aussi dans la comptabilité.

 

La flexibilité et la capacité d’adaptation sont les atouts indispensables pour les futurs travailleurs

 

En réponse aux questions des députés sur les perspectives des jeunes sur le marché du travail, Isabelle Schlesser a affirmé que la flexibilité et la capacité d’adaptation étaient les atouts essentiels à développer et qui seraient en tête de liste dans les classements internationaux. 

 

Le Ministre du Travail Marc Spautz a affirmé que ses services étaient en train de travailler sur un « paquet emploi ». Il a également souligné qu’à la suite de missions économiques effectuées par des membres du gouvernement, des entreprises étaient en cours d’évaluation par la Commission de surveillance du secteur financier pour une implantation. 

 

Un député de l’opposition a proposé lors de la réunion que la Commission du Travail se réunisse de manière régulière, tous les trois mois, pour analyser les évolutions du marché de l’emploi.

 

Salaire social minimum : une nouvelle commission pour calculer le montant tous les deux ans

 

Lors de la même réunion de Commission du Travail, les députés sont revenus avec le Ministre du Travail sur la question du salaire social minimum dans le contexte d’une demande de la sensibilité politique déi gréng et de la directive européenne sur les salaires minimums.

 

Déi gréng souhaitaient aborder « les décisions du Gouvernement de ne pas relever de manière structurelle le salaire social minimum et de prévoir des compensations pour les entreprises en relation avec la tranche indiciaire prévisionnelle ainsi que l’adaptation du salaire social minimum à l’évolution générale des salaires ».

 

L’échange a notamment porté sur la future méthode de calcul du salaire social minimum par rapport au salaire médian. Une commission devrait être créée pour prendre en charge cette tâche dans le cadre des réformes législatives visant à actualiser les dispositions encadrant le salaire minimum.

 

Les différents textes et amendements nécessaires seront abordés avec les députés en Commission du Travail, a affirmé le Ministre. Le plan d’action sur les conventions collectives, imposé par la directive européenne sur les salaires minimums, devrait être présenté avant l’été, a encore affirmé Marc Spautz en réponse aux questions des députés.

 

Quel contenu pour la tripartite de juin ? 

 

Dernier point abordé lors de la réunion, celui de la tripartite annoncée plus tôt dans la journée par le gouvernement. Les députés du LSAP, qui ont demandé la mise à l’ordre du jour de ce point, ont interrogé le Ministre sur le contenu de la future tripartite qui doit avoir lieu en juin.

 

Marc Spautz a affirmé que les thèmes seraient notamment l’énergie et l’emploi, mais que cela n’était pas limitatif et que l’ordre du jour serait élaboré avec les partenaires sociaux d’ici à la tenue des échanges.

 

L’intégralité de l’échange est disponible en replay :