L’Europe encore mal équipée face aux pénuries de médicaments

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Publié le 18.05.2026 à 17h46 Mis à jour le 18.05.2026 à 18h03

Un rapport de la Cour des comptes européenne publié en avril 2025 évoque des améliorations depuis la pandémie de Covid-19, mais pointe le fait que des problèmes structurels subsistent qui peuvent mener à ce que des médicaments critiques ne soient pas disponibles. 

Le rapport de la Cour a été débattu lors d’une réunion de la Commission de la Santé ce lundi 18 mai en présence de Joëlle Elvinger, membre luxembourgeoise de la Cour des comptes européenne.

Les pénuries de médicaments se sont accentuées en Europe aux cours des dernières années.

Joëlle Elvinger a souligné que ces pénuries ont fortement augmenté ces dernières années, évoquant « des records ». Cela concernerait notamment les antibiotiques, les traitements hospitaliers et certains médicaments essentiels durant les hivers 2022-2023 et 2023-2024, selon le rapport. Les auteurs estiment que la coordination entre les États membres et l’Agence européenne des médicaments (EMA) s’est améliorée, mais que des faiblesses structurelles continuent de menacer l’approvisionnement en traitements essentiels. 

 

L’UE serait vulnérable sur ce point, avec une fragmentation des chaines d’approvisionnement et une dépendance à des acteurs externes, notamment pour certains médicaments comme le paracétamol ou l’ibuprofène. Le rapport de la Cour pointe notamment la forte dépendance de l’Europe envers des fabricants situés hors UE, conséquence de politiques privilégiant les coûts les plus bas et ayant favorisé la délocalisation de la production pharmaceutique. Un représentant de la Cour a notamment affirmé que « la pharmacie de l’Europe aujourd’hui est en Asie » lors de l’échange avec les députés.

 

La Cour critique également l’absence d’un système européen suffisamment harmonisé pour anticiper et gérer efficacement les pénuries, ainsi que le manque de transparence sur les stocks disponibles. Les représentants de la Cour présents à la réunion ont souligné que la surveillance de l’approvisionnement est une responsabilité nationale, mais que les états-membres soutiennent l’EMA sur base du volontariat, et que l’Agence garde ainsi un rôle largement tributaire des contributions des États membres.

 

L’accès aux données serait un des problèmes principaux. L’Agence travaillerait ainsi à des enquêtes basées sur des données incomplètes. L’obligation de signalement de pénuries resterait également insuffisamment respectée. Les industriels ne notifieraient pas toujours les pénuries dans le délai de 12 mois prévu par les règles européennes. Les représentants de la Cour ont également averti que certaines restrictions nationales à l’exportation de médicaments pouvaient fragiliser davantage le marché intérieur européen.

 

Parmi les recommandations de la Cour, elle appelle à renforcer la production de médicaments critiques en Europe, créer une base de données européenne commune sur les pénuries et améliorer la coordination des stocks stratégiques afin de mieux protéger les patients européens face aux futures crises sanitaires.

 

Rapatrier la production de médicaments, quitte à payer plus cher 

 

Plusieurs points ont été abordés lors de l’échange avec les députés. Un député de la majorité a notamment évoqué la problématique du « Lean management », avec une industrie qui travaille sur la base de stocks limités. Une organisation volontairement optimisée mais devenue fragile face aux perturbations. Il faudrait se concentrer sur deux pistes : généraliser l’autorisation centralisée au niveau européen des médicaments, par opposition aux autorisations au niveau national, le plus possible, et ramener la production en Europe. 

 

Un député de l’opposition a souligné qu’il fallait prendre garde, en donnant plus de compétences à l’Union européenne, à ne pas remettre en question l’indépendance des pays en matière de santé et de sécurité sociale.  Ce député a également plaidé pour le renforcement du système d’alerte précoce en cas de pénurie et affirmé qu’il fallait mettre l’accent sur le développement d’une industrie pharmaceutique européenne, un secteur qui aura « toujours de l’avenir ». Il a également plaidé pour un rapatriement de la production pour les médicaments critiques, même si cela signifie des coûts plus élevés. 

 

La discussion a encore porté sur les moyens politiques de peser sur les décisions de l’industrie pharmaceutique. Une des pistes évoquées porte sur le rôle et la durée des brevets, certains intervenants s’interrogeant sur la possibilité de les utiliser comme levier de négociation avec l’industrie pharmaceutique, notamment en matière de génériques. Les brevets pharmaceutiques protègent généralement un médicament pendant 20 ans à partir du dépôt du brevet, auxquels peuvent s’ajouter certaines extensions réglementaires. 

 

L’intégralité de l’échange est disponible en rediffusion :