« AI Days » au Parlement européen : encadrer l’intelligence artificielle pour protéger démocratie et travail

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Publié le 17.04.2026 à 08h29 Mis à jour le 17.04.2026 à 08h30

À Bruxelles, les premières « AI Days » ont réuni parlementaires européens et nationaux pour partager leurs visions face à une intelligence artificielle déjà omniprésente. Institutions, démocratie, emploi : l’Europe cherche l’équilibre entre innovation, contrôle et protection des travailleurs.

Le député Ben Polidori lors des « AI Days » au Parlement européen.
Le député Ben Polidori lors des « AI Days » au Parlement européen.

Les 14 et 15 avril, un événement inédit consacré à l’intelligence artificielle a eu lieu au Parlement européen à Bruxelles : les « AI Days ». Parmi les participants figurait le député luxembourgeois Ben Polidori, qui a eu l’occasion d’avoir un échange avec des représentants des 27 parlements nationaux, des députés européens ainsi que des observateurs de pays candidats. Sa présence à Bruxelles lui a permis de suivre les évolutions de près et d’assister aux discussions avant que toutes les règles ne soient fixées.

 

Lors de la première journée, le représentant luxembourgeois a participé à une réunion organisée par la commission des Affaires constitutionnelles du Parlement européen consacrée au rôle des institutions face à l’intelligence artificielle.

 

Dès l’ouverture, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a expliqué que l’Europe doit trouver un moyen d’innover dans le domaine de l’IA tout en le régulant, afin de protéger les droits des citoyens et leur vie privée. Elle a aussi rappelé la responsabilité considérable des parlements pour accompagner ces changements et veiller à leur bon fonctionnement. Elle a déclaré : « Les citoyens ont droit au respect de leur vie privée et de savoir lorsqu’une décision qui les concerne a été prise. » 

 

Ensuite, Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne, a présenté la stratégie poursuivie au niveau européen en matière d’intelligence artificielle. Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies, Amandeep Singh Gill, a souligné l’importance d’une approche coordonnée au niveau international pour faire face aux défis imposés par l’intelligence artificielle.

 

À la suite de ces allocutions, les membres des différents parlements ont eu l’occasion de débattre la coopération parlementaire ainsi que la préservation des institutions démocratiques face à des tentatives de fragiliser la démocratie par le biais de nouvelles technologies.

 

L’intelligence artificielle change déjà notre façon de travailler

 

Réunie par la commission de l’Emploi et des Affaires sociales du Parlement européen, la rencontre du deuxième jour a porté sur les nouvelles formes d’emploi ainsi que les risques psychosociaux liés à la numérisation, c’est-à-dire le stress ou la pression au travail.

 

En ouverture, la directrice chargée de l’emploi et des compétences à la Commission européenne a insisté sur la nécessité de bien encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle au travail. Dans cette optique, plusieurs intervenants ont souligné l’importance d’investir dans l’éducation et la formation aux compétences numériques, afin de permettre à chacun de mieux comprendre l’intelligence artificielle et ses usages.

 

Selon l’eurodéputé luxembourgeois Marc Angel, qui est également président du groupe de suivi de la Directive européenne sur le travail des plateformes, il est important de régler clairement les algorithmes. De son côté, la parlementaire européenne Martine Kemp a expliqué qu’il faut changer notre façon de voir le travail dans un monde où l’on est constamment connecté. Elle a souligné que l’automatisation devrait aider à mieux équilibrer la vie professionnelle et la vie privée. Enfin, elle a insisté sur le fait que les solutions doivent être adaptées à chaque secteur pour protéger efficacement tous les travailleurs. 

Ben Polidori a représenté la Chambre des Députés
Ben Polidori a représenté la Chambre des Députés

Vers une meilleure régulation du travail algorithmique

Les avis ont toutefois divergé sur les solutions à apporter. Certains ont plaidé pour des règles plus strictes pour prévenir les problèmes de santé mentale des travailleurs, tandis que d’autres ont estimé qu’il faut garder une certaine flexibilité pour s’adapter aux différentes situations. Malgré ces différences, un constat s’est imposé : l’humain doit rester au centre des décisions.

 

Les intervenants ont aussi abordé le sujet des travailleurs des plateformes. Certains ont même décrit ce modèle comme une « forme moderne d’esclavage ». Une députée a notamment expliqué que même une activité simple, comme livrer une pizza, est aujourd’hui entièrement organisée par des algorithmes : le livreur reçoit ses missions via une application, le client utilise un code, et le paiement se fait automatiquement en ligne. Certains élus se sont inquiétés du manque de transparence de ces systèmes

 

Malgré des divergences d’opinions, un consensus s’est dégagé : l’intelligence artificielle représente à la fois une opportunité majeure et un défi pour l’Union européenne. Dans ce contexte, les parlements nationaux ont un rôle clé à jouer pour accompagner ces transformations, adapter les lois et renforcer la confiance du public.

Le député Ben Polidori a représenté la Chambre des Députés au Parlement européen en sa qualité de membre de la Commission de la Digitalisation.