« Le Benelux n'est pas un musée, le Benelux est un moteur »
La mise en œuvre des rapports Draghi et Letta sur la compétitivité européenne, ainsi que l'avenir du Benelux, constituaient les fils conducteurs des travaux des parlementaires belges, néerlandais et luxembourgeois, réunis à la Chambre des Députés sous la présidence luxembourgeoise du Parlement Benelux ce vendredi 20 mars 2026.
Les discussions se poursuivront le samedi 21 mars 2026, notamment autour du thème des accords de Schengen. Les parlementaires devraient également adopter une recommandation à ce sujet.
Le replay de la séance plénière ainsi que les photos sont disponibles dans cet article.
Quel rôle pour le Benelux ?
La Présidente du Parlement Benelux, la députée luxembourgeoise Francine Closener, a accueilli ses collègues au Luxembourg en rappelant que le Benelux représente une opportunité de coopération unique, reconnue comme telle par le traité de l'Union européenne lui-même, à travers une clause d'habilitation sans équivalent en Europe.
Le Benelux a le droit de pousser l'intégration au-delà de ce que réalise l'Union, a-t-elle souligné, ce qui lui permet « d'expérimenter, d'innover, d'aller de l'avant ». Elle a lancé un appel à ses homologues, estimant que le moment est venu de prouver « que le Benelux n'est pas un musée, mais un moteur », et d'être « le laboratoire que l'Europe attend ».
Dans le cadre des discussions sur l’avenir du Benelux, les parlementaires ont mis en avant que le Benelux dispose d'un atout que peu de cadres régionaux peuvent revendiquer : un socle législatif commun qui permet d'attaquer frontalement des problèmes partagés. Traité policier, lutte contre la fraude sociale, reconnaissance mutuelle des diplômes de l'enseignement supérieur — autant d'accords uniques, qui traduisent une volonté concrète de dépasser les frontières administratives. Au cours des débats, ils ont également mis en avant la possibilité d’approfondir la coopération en matière de sécurité, notamment à travers des initiatives communes dans l’acquisition de matériel militaire et le développement d’infrastructures de défense.
Compétitivité européenne : la mise en œuvre des rapports Draghi et Letta
Comment mettre en œuvre les rapports Draghi et Letta ? Le rapporteur de ce premier débat thématique, Geoffroy Coomans de Brachène (Belgique), a souligné que dans un contexte international de plus en plus tendu, ces deux rapports mettent en avant l'importance pour l'Union européenne de renforcer sa compétitivité — notamment par des investissements massifs — et de consolider son marché unique. Il a également relevé que si les Européens savent ce qu'ils ont à faire, l'heure est désormais à l'action : « le temps du diagnostic est derrière nous et le temps est venu d'agir. »
Dans ce contexte, le Benelux peut apporter une contribution essentielle. Le Vice-Premier ministre belge, David Clarinval, s'est exprimé devant les parlementaires des trois pays en insistant sur le fait que « l'Europe ne peut pas se permettre que le marché intérieur fonctionne seulement à 70-80% de sa capacité », et que celui-ci doit dès lors devenir une priorité absolue.
Les orateurs et experts qui ont pris la parole pendant le débat thématique ont convergé sur un point : pour traduire ces rapports en actes, la coopération entre pays est indispensable — et c'est précisément là que le Benelux peut jouer un rôle clé en tant que laboratoire de l'UE.
L'heure n'est plus au diagnostic, mais à l’action
Ils ont également convergé sur un même constat : deux ans après la publication des rapports, les États membres s'accordent sur les intentions, mais des blocages persistent dans leur mise en œuvre. C'est précisément là que le Benelux peut jouer un rôle décisif, ont-ils encore conclu.
Les rapports Letta et Draghi soulignent qu'avec 27 marchés fragmentés, l'Europe perd en compétitivité — la priorité est d'achever un vrai marché intérieur intégré. Fort de ses réseaux transfrontaliers, de ses clusters d'innovation et d'une longue tradition de coopération régionale, le Benelux dispose des atouts pour en être le précurseur, comme il le fut avec Schengen.
Là où l'Europe avance trop lentement — sur l'intelligence artificielle, la décarbonation, la défense ou l'accès au marché des capitaux pour les PME — le Benelux pourrait agir plus vite et montrer la voie, a souligné le parlementaire Karl Vanlouwe (Belgique), qui a présidé le débat thématique.