Visite en Mongolie - 50 ans de diplomatie, 25 ans de coopération
Enclavée entre deux grandes puissances, la Mongolie fait figure d'exception démocratique en Asie centrale. Vingt ans après une première visite parlementaire, une délégation luxembourgeoise y retourne pour marquer un demi-siècle de relations diplomatiques et un quart de siècle de coopération.
Dès son arrivée à Oulan-Bator, la délégation, composée de Gusty Graas (DP), Nancy Arendt (CSV), Liz Braz (LSAP), Alexandra Schoos (ADR), Sven Clement (Piraten), membres de la commission traitant des affaires étrangères et de la coopération, a été reçue au Grand Khoural d'État.
De la représentation féminine à la coopération financière
Lors d'un premier échange avec la commission de la Sécurité et de la Politique étrangère, Gusty Graas, chef de délégation, a rappelé deux avancées concrètes du Parlement luxembourgeois, à savoir l'adoption du projet de loi portant suppression de l'obligation de visa pour les passeports diplomatiques et officiels ainsi que du projet de loi portant approbation d'un accord sur la réadmission de personnes en séjour irrégulier.
La présidente du groupe d'amitié parlementaire Luxembourg-Mongolie, Baatarjavyn Munkhsoyol, a de son côté mis en avant la place croissante des femmes au Parlement mongol. Un amendement constitutionnel impose désormais un quota de 30 % du sexe sous-représenté. Ainsi, aujourd'hui une parlementaire mongole sur quatre est une femme, soit l'un des taux les plus élevés en Asie. Ce quota devrait passer à 40 % en 2028, puis à 50 % en 2032. Interrogée par Nancy Arendt, elle a expliqué que l'augmentation du nombre de sièges et l'alternance hommes-femmes sur les listes électorales avaient été des leviers décisifs.
« La Mongolie veut devenir le Luxembourg de l'Asie. »
Le président de la commission, Ganzorig Temuulen, a par ailleurs ouvert une nouvelle piste de coopération, à savoir celle du secteur financier. La Mongolie, qui ambitionne de se positionner comme hub financier régional, souhaite s'inspirer de l'expertise luxembourgeoise, allant jusqu'à se projeter comme « le Luxembourg de l'Asie. »
Du défi de la neutralité
La délégation a ensuite été reçue par Bukhchuluun Purevdorj, vice-président du Grand Khoural d'État. L'échange a porté sur la situation géopolitique singulière de la Mongolie, enclavée entre deux grandes puissances.
Sven Clement, rappelant le soutien ferme du Luxembourg à l'intégrité territoriale de l'Ukraine, a interrogé le vice-président sur la manière dont la Mongolie parvient à concilier son attachement au droit international avec le maintien de relations stables avec la Russie et la Chine. La réponse a mis en lumière une équation délicate. Effectivement, le pays dépend à 100 % de la Russie pour son gaz et de la Chine pour plus de 90 % de ses exportations. Dans ce contexte, la Mongolie a fait le choix de s'abstenir lors des votes aux Nations Unies sur le conflit en Ukraine, une position présentée comme un équilibre entre solidarité de voisinage et défense de la souveraineté des États.
La délégation a salué la politique dite du « Troisième Voisin », par laquelle la Mongolie cherche à diversifier ses partenariats au-delà de ses deux voisins immédiats. Les parlementaires des deux pays ont enfin abordé les tentatives d'ingérence étrangère lors des campagnes électorales, qui pèsent sur l'opinion publique et fragilisent le processus démocratique mongol.
Cette visite de travail, qui se tient du 24 au 28 mars 2026, s'inscrit dans le cadre du renforcement des relations bilatérales entre le Luxembourg et la Mongolie. Elle fait suite à la visite d'une délégation parlementaire mongole à la Chambre des Députés en mars 2025, qui avait permis de poser les jalons d'un dialogue régulier entre les deux institutions. Ce déplacement prolonge aussi l'attention portée par la Chambre à la Mongolie dans le cadre du débat sur la coopération au développement.
Au cours des prochains jours, la délégation de la commission des Affaires étrangères et européennes, de la Coopération, du Commerce extérieur et à la Grande Région poursuivra son programme en se rendant au Troisième Hôpital central de l'État et en rencontrant les ministres de la Justice et des Affaires intérieurs ainsi que de la Santé.