Des questions sur les résidus de pesticides dans les aliments et la présence des « polluants persistants »
Quelles mesures sont prévues pour protéger la population des PFAS ? Comment la sécurité des aliments issus de l'agriculture locale est assurée alors que la présence de résidus de pesticides dans l'alimentation notamment les pommes fait débat ?
Les députés de trois commissions parlementaires se sont penchés sur ces deux sujets ce mercredi 11 mars 2026.
« Aucune pomme luxembourgeoise n'a dépassé la moindre valeur de référence depuis 2010 »
Dans la suite des discussions sur les résidus de pesticides dans les pommes luxembourgeoises, les députés se sont intéressés aux mesures en place pour assurer la sécurité des produits locaux, pour (re)gagner la confiance des consommateurs ainsi qu'à une réduction de l'utilisation des pesticides.
Au cours des contrôles effectués entre 2010 et 2025, « aucune pomme luxembourgeoise n'a dépassé la moindre valeur de référence », a assuré la Ministre de l'Agriculture Martine Hansen. Le Luxembourg figure parmi les 3 pays européens à effectuer le plus grand nombre de contrôles par rapport au nombre des habitants, selon les chiffres présentés aux députés. Les députés ont également reçu des explications sur les différentes valeurs déterminantes concernant le dosage de pesticides et des éventuels résidus à trouver sur des aliments.
Ils se sont renseignés sur la problématique de « cocktail de pesticides », c'est à dire de l'utilisation de plusieurs produits et des possibilités de les mesurer. La Ministre a également rappelé les efforts entrepris pour réduire le recours aux pesticides. Un des moyens concerne les modalités de recours aux aides incitant les producteurs à y renoncer le plus longtemps possible en fonction des conditions météorologiques.
Vers un affaiblissement de la règlementation du recours aux pesticides ?
Certains députés ont rappelé l'importance de rassurer les consommateurs. Les ventes des pommes luxembourgeoises avaient baissé de 15% suite aux débats dans la presse concernant des résidus constatés, selon Martine Hansen.
La discussion a également porté sur la règlementation du recours aux pesticides. Certains députés se sont montrés préoccupés d'un affaiblissement des règles européennes. Le Luxembourg « reste critique » par rapport à une autorisation plus large des produits phytosanitaires, a expliqué Martine Hansen. « Une proposition de la Commission européenne n'est acceptable que si les produits dangereux en sont exclus » a-t-elle ajouté.
Au Luxembourg, une réforme de la règlementation sur l'eau potable est en cours, selon le ministre de l'Environnement Serge Wilmes. Dans ce cadre un « phasing out » de l'utilisation des pesticides est prévu ; des pourparlers sont en cours avec le monde agricole.
40 mesures prévues dans un premier rapport sur les PFAS
En amont d'un débat en séance publique prévu pour la semaine à venir, le Ministre de l'Environnement Serge Wilmes a présenté un premier rapport dressant un état des lieux des travaux concernant les PFAS* au Luxembourg. Issu d'un groupe de travail ad hoc entre 3 ministères, le document prévoit 40 mesures pour répondre à cet « enjeu majeur pour l’environnement et la santé publique », selon Serge Wilmes. Ces mesures s'articulent autour de 4 axes:
- Réduire l'exposition et la pollution liées aux PFAS par des actions ciblées
- Acquérir des connaissances sur les sources de pollution, le niveau d'exposition et les risques
- Renforcer la surveillance et utiliser les données générées pour agir
- Mieux informer et sensibiliser le public
Bon nombre de députés de différents bords ont salué l'existence d'un tel rapport. Certains membres de l'opposition auraient souhaité pouvoir le consulter en amont afin de mieux cibler leurs questions sur un sujet complexe et technique, mais essentiel pour la santé publique.
Définir des normes au niveau européen
En réponse aux différentes questions des députés, Serge Wilmes a affirmé que le rapport était bel et bien une première étape pour appréhender la problématique des PFAS. Le groupe de travail sera pérennisé, en y incluant désormais 4 ministères, à savoir ceux responsables pour la santé, l'environnement, l'alimentation et l'économie. Le ministre a également souligné qu'il était primordial de définir des normes internationales contraignantes. Le Luxembourg s'engage au niveau européen pour arriver à une valeur de référence commune.
Une attention particulière est portée à la présence de TFA, un composé organique carbone-fluor à chaîne courte, dans l’environnement et surtout dans l’eau. Une première étude a été réalisée en 2025. Sera-t-il possible de mieux équiper les stations d'épuration afin d'éliminer les PFAS de l'eau ? C'était une des questions concrètes d'un député. Comme les processus nécessaires pour un tel nettoyage a posteriori sont très couteux, la stratégie du ministère repose plutôt sur une élimination des PFAS à la source afin de réduire leur exposition.
Les discussions sur la présence de PFAS et TFA dans l'environnement luxembourgeois se poursuivront en séance publique la semaine à venir dans le cadre d'une interpellation:
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), surnommés « produits chimiques éternels », sont une large famille de plusieurs milliers de composés chimiques connus pour leur stabilité chimique innée.
Ils sont largement utilisés pour des produits du quotidien (vêtements, cosmétiques, objets en contact avec les aliments, produits phytopharmaceutiques, industrie...).
Les PFAS se sont révélés être des contaminants environnementaux omniprésents (dans l'eau, dans l'air, dans la terre) qui entrent ainsi dans la chaîne alimentaire. Une des substances les plus connues est le TFA (acide trifluoroacétique).