Sans données, pas de mesures efficaces pour l’égalité des genres
Les membres de la Commission de l’Égalité des genres ont reçu la Directrice du European Institute for Gender Equality (EIGE), Carlien Scheele, qui leur a présenté les dernières publications de l’agence européenne et a souligné l’importance des données dans la conception de mesures politiques.
Une politique d’égalité des genres fondée sur des données probantes
Depuis 2006, les publications du EIGE sont la boussole à laquelle se fient tant les institutions européennes que les États membres de l’Union européenne (UE) pour dessiner leurs politiques en matière d’égalité des genres et au-delà. C’est notamment sur l’aspect transversal de la problématique de l’égalité des genres que se focalisent les travaux du EIGE, les expertes parlent ainsi du gender mainstreaming, c’est-à-dire la prise en compte de la dimension du genre dans la conception de toute politique publique.
« Behind all data, there is a lived experience. »
Au Luxembourg, l’Observatoire de l’égalité des genres a la charge de collecter les données détenues par l’État et les mettre à disposition des politiques, des professionnels dans le domaine, mais aussi à tout internaute intéressé par la thématique. Le 10 octobre 2024, la Chambre des Députés a décidé de donner une assise légale à cet organe afin de garantir sa pérennité.
Durant l’échange de vues, les députés se sont notamment intéressés au concept de la violence économique, forme de violence qui se base sur des contraintes d’ordre économique et financier. En guise d’illustration, les expertes du EIGE citent les résultats du Eurobarometer 2024 selon lesquels 53 % des hommes entre 18 et 24 ans jugent acceptable qu’un homme contrôle les finances de sa femme. Parmi les remèdes proposés : une éducation financière et une sensibilisation plus poussées.
En 2025, le Luxembourg occupait la 9ème place du Gender Equality Index au sein de l’Union européenne. « Les progrès des dix dernières années sont évidents avec un écart salarial sur le revenu par heure inversé et un taux d’emploi féminin élevé » a déclaré Carlien Scheele lors de la présentation face aux députés. « Toutefois, les domaines qui requièrent le plus d’attention sont l’écart de pension entre les genres et la participation des femmes dans les organes décisionnels, que ce soit dans le secteur privé ou dans la sphère politique », a-t-elle encore ajoutée.
Un constat qui persiste dans toute l’UE est celui de l’écart dans la répartition du travail du care, c’est-à-dire la prise en charge des personnes et des choses. Une étude du EIGE de 2024 montre que 41 % des femmes contre 20 % des hommes sondés passent plus de 35 heures par semaine à prendre soin d’enfants propres entre 0 et 11 ans. Cette disparité au niveau de la prise en charge des propres enfants engendre une capacité restreinte d’occuper un emploi à temps plein, ce qui, à son tour, limite l’indépendance financière potentielle des femmes et contribue à leur vulnérabilité envers des violences économiques.
La conclusion commune des députés, de la Ministre ainsi que de la directrice du EIGE coule de source : les progrès sont évidents, mais on est encore loin d’une égalité des genres complète.